Oscars so male, César trop mecs : l'absence de réalisatrices interpelle
Les Films du Losange/Tandem/Ad Vitam

Zéro réalisatrice nommée en tant que telle, ni aux Oscars, ni aux César, en 2023, voilà qui ne passe pas inaperçu...

"Quand on laisse les femmes faire des films, il y a des chances qu'elles gagnent des prix, remarquait Audrey Diwan peu après avoir remporté le Lion d'Or du festival de Venise pour L'Evénement, en septembre 2021. Mathématiquement, quand on laisse des femmes réaliser et qu'elles sont plus nombreuses, il y a des chances qu'elles soient aussi distinguées à l'autre bout du spectre". Les sélections des Oscars et César de 2023 viennent pourtant de lui donner tort...

Les nominations de la 95e édition des Oscars sont tombées hier, et celles des 48e César ont été dévoilées aujourd'hui. Et les académies américaines et françaises ont pour point commun de ne pas avoir nommé de femmes dans la catégorie "meilleure réalisation", alors que des oeuvres conçues par des réalisatrices sont bien présentes dans le reste des deux sélections. Aux USA, Aftersun de Charlotte Wells ou Women Talking de Sarah Polley, sont par exemple multi-citées, alors pourquoi ne sont-elles pas mentionnées pour leur mise en scène ? Variety et d'autres médias hollywoodiens se demandent si après la polémique #OscarsSoWhite, l'édition 2023 de cette cérémonie renommée ne sera pas associée à son tour à un hashtag dénonciateur tel que #OscarsSoMale...

L’Innocent de Louis Garrel domine les nominations aux César 2023

En France, les cinq personnalités nommées au César de la meilleure réalisation sont Cédric Klapisch pour En Corps, Louis Garrel pour L’Innocent, Cédric Jimenez pour Novembre, Dominik Moll pour La Nuit du 12 et Albert Serra pour Pacifiction - Tourment sur les îles. Pas de Valeria Bruni-Tedeschi pour Les Amandiers, alors qu'elle figure bien aux côtés de ses homologues masculins dans la catégorie meilleur film, à la place de Novembre. Ni de Charlotte Le Bon (Falcon Lake), Alice Diop (Saint Omer), Lise Akora et Romane Gueret (Les Pires), qui sont de leur côté nommées pour le meilleur premier film.

Et où sont Alice Winocour (Revoir Paris) et Rebecca Zlotowski (Les Enfants des autres) ? La première est citée via sa comédienne principale, Virginie Efira, mais la seconde n'est pas en lice, et ce malgré la présence de la même actrice très populaire au casting, ses critiques élogieuses et son beau succès en salles.

Charlotte Lebon sur le tournage de Falcon Lake
Tandem Films

Cette sélection pose questions. Valeria Bruni-Tedeschi paye-t-elle ici son soutien envers son comédien phare des Amandiers, Sofiane Bennacer, qui a été accusé de viols et évincé dans la foulée des César ? Et pourquoi Alice Diop figure-t-elle dans la catégorie "meilleur premier film" alors qu'elle a déjà signé un long métrage, le documentaire Nous, en 2021 ?

Saint Omer a d'ailleurs été soumis pour l'Oscar du meilleur film étranger, cette année, mais n'a finalement pas été sélectionné, et ne figure pas non plus parmi les oeuvres françaises en lice pour le César du meilleur film. Exactement comme Titane l'an dernier et Deux, lors de l'édition précédente. Il y a toujours quelque chose d'un peu étrange à proposer des films aux votants américains sans finalement les nommer chez nous, le changement cette année du mode de sélection du film nous représentant dans cette Course à l'Oscar du film étranger n'ayant donc eu aucun effet concret.

Notez aussi qu'à ce jour, Tonie Marshall est la seule femme à avoir reçu un César pour sa réalisation. C'était en 2000 pour Vénus Beauté (institut). Petite consolation, cependant, sur les 10 courts métrages nommés cette année, 9 sont réalisés par des femmes :

C'est en tout cas la première fois depuis 2014 qu'aucune femme n'est nommée à la réalisation des César. A l'époque, Roman Polanski avait gagné ce prix pour La Vénus à la fourrure. Ce même Polanski dont les César remportés en 2020 pour J'accuse, alors qu'il était en pleine polémique après de nouvelles accusations d'agressions sexuelles avaient donné lieu à une édition à scandale qui avait conduit Alain Terzian à démissionner de la présidence des César, et ses successeurs à former une équipe davantage paritaire.

Comment expliquer donc qu'on se retrouve devant le même cas de figure qu'avant cette nouvelle gouvernance ? Ses successeurs, Véronique Cayla, comme Présidente et Eric Toledano puis Patrick Sobelman en Vice-Président, ont pourtant nommé un homme et une femme pour représenter chaque catégorie au sein du comité des César, espérant ainsi apporter davantage d'égalité entre les deux sexes dès la conception de la cérémonie. Ils ont aussi changé certaines règles, votées justement par cette chambre de représentants paritaire, toujours dans le but de proposer des César plus diversifiés et d'empêcher qu'un prix soit remis à une personnalité accusée de violences sexistes. 

Virginie Efira et Rebecca Zlotowski à la Mostra de Venise
ABACA

Mais parmi tous ces changements, il y a un élément clé qui semble ne pas avoir assez évolué : la liste des votants en elle-même et la diversité des avis qui peut en découler. Le nerf de la guerre ! Puisque, rappelons-le, les César ne sont pas le résultat d'un jury de 10 personnes comme à Cannes mais des votes des 4705 membres à jour de leur cotisation.  Et que c'est avec leur bulletin de vote qu'ils ont chacun le pouvoir de faire changer les choses, un geste invisibilisé cette année par cette absence totale de réalisatrices dans la catégorie meilleur film. Cela prouve que toute révolution, aussi souhaitée et revendiquée soit-elle, prend du temps...

La 48e cérémonie des César se déroulera le 24 février prochain à L'Olympia, à Paris, et sera retransmise en direct et en clair sur Canal +.