Le producteur Joel Silver décrit Gunman comme "un film d’action qui cache autre chose". C’est comme ça qu’il vous l’a présenté ?Vous ne m’entendrez jamais parler de ce film de la même façon que Joel. Dire que Gunman est un film d’action revient à affirmer que Meryl Streep est une blonde sexy. C’est vrai ! Mais ça ne décrit pas très précisément la réalité de Meryl. Pareil pour Gunman. Pour moi, quelle que soit sa position morale, un "film d’action" implique presque inévitablement une exaltation de la violence. Même si les gens ne veulent pas le reconnaître, la violence est un stimulant. Si Gunman est conforme à mes espérances, c'est-à-dire si, arrivé à un certain degré d'horreur et d'excitation, le public dit "Arrêtez ! Tout le monde pose son arme", alors nous aurons fait le film que je voulais voir. Le personnage que vous jouez a travaillé auparavant avec une ONG. Vous êtes-vous inspiré de votre expérience en Haïti ?Non. C’était dans le script. Ça fait partie des éléments auxquels je n’ai pas touché. Mais je sais ce qu’est le trouble de stress post traumatique (TSPT), qui est un fléau. J'ai beaucoup d’empathie et de respect pour ceux qui en souffrent. C’est un problème global : d’un côté, vous avez des gens qui ne se gênent pas pour acheter un steak mais qui refusent de tuer la vache et, de l’autre, il y a toujours quelqu’un pour tuer la vache. Dans l'histoire qui nous intéresse (les victimes du TSPT), ce n'est pas une vache qu'ils ont tuée pour nous nourrir mais des hommes pour préserver notre confort. Il en résulte un traumatisme chez les survivants, justifié ou non. Nous sommes tous partie prenante. Tant que les progressistes, dont font partie certains de mes amis, ne diront pas "nous devons déposer toutes nos armes", elles continueront de servir.A quel point avez-vous développé cet aspect par rapport au roman original ? Le livre (de Manchette) est ce qu’il est. Il est de son époque, et maintenant il est devenu autre chose. Franchement, je ne l’ai lu qu’après avoir réécrit le script. Je ne me suis occupé que d'apporter ma contribution au film que Joel avait décidé de faire. J'ai donc adapté le livre en toute liberté. J’ai eu à ce sujet une grande conversation avec le romancier Harry Crews à une époque où j’adaptais un de ses romans. On était amis, et je m’inquiétais de dénaturer son livre. Il m’a dit : "Ne t'inquiète pas, tu ne peux pas le niquer, il est dans 2000 foutues bibliothèques !">>> Sean Penn en 18 filmsSi le film était un succès, seriez-vous prêt à reprendre le même personnage pour une suite ?J’ai toujours dit non à ce genre de proposition. Pour Gunman, j'ai accepté de travailler avec Joel Silver, et j'aurais été malhonnête si j'avais dit : "je m’en fous si on ne touche que dix personnes". Quand il s’agit de mes propres films, je suis franc et je dis aux financiers que je ne peux pas leur garantir la rentabilité, tout en exigeant le contrôle total. Je crois que Gunman a une chance, mais c'est au public de décider. Vous êtes toujours impliqué à Haïti ?J’ai 380 employés à plein temps là-bas. Pas moyen de faire marche arrière. Je peux enfin dire que la reconstruction est en cours et qu'elle relève du miracle. Pourtant, les conditions sont toujours défavorables : pas de ressources naturelles, pas d’éducation, pas d’emploi, pas d’investissements, pas de sécurité. Mais petit à petit, les obstacles sautent et il est permis d’espérer. Je crois que d’ici quinze ans, Haïti pourrait connaître la meilleure époque de son histoire. Interview Gérard DelormeGunman de Pierre Morel avec Sean Penn, Jasmine Trinca, Javier Bardem sort le 24 juin dans les salles. Voici son synopsis : Ex-agent des forces spéciales, Jim Terrier est devenu tueur à gages. Jusqu’au jour où il décide de tourner la page et de se racheter une conscience en travaillant pour une association humanitaire en Afrique. Mais lorsque son ancien employeur tente de le faire tuer, Jim n’a d’autre choix que de reprendre les armes. Embarqué dans une course contre la montre qui le mène aux quatre coins de l’Europe, il sait qu’il n’a qu’un moyen de s’en sortir indemne : anéantir l’une des organisations les plus puissantes au monde…