GALERIE
Jérôme Prébois

Dans Les Choses humaines réalisé par son père Yvan, il incarne brillamment un fils de bonne famille accusé de viol. Et embrasse une carrière d’acteur après avoir longtemps rêvé d’être chef cuisinier.

Quand entendez- vous parler pour la première fois des Choses humaines ?

Ben Attal : En passant récupérer des affaires, je voyais mon père travailler dessus. Je crois qu’il l’a proposé à plusieurs jeunes acteurs qui avaient décliné, inquiets par rapport au rôle. Quelque chose de somme toute très logique car ce film pose des questions très actuelles donc forcément dérangeantes.

Comment votre père vous l’a-t-il proposé ?

Il faut savoir que mon père ne fait jamais de propositions très franches (rires). Il te dit juste de lire le scénario, te demande ton avis. Mais il se doutait aussi sans doute qu’il aurait fallu que je sois dingue pour ne pas saisir cette occasion

Quelle a été votre première impression à la lecture du scénario ?

J’ai compris pourquoi des acteurs ont refusé ! (rires) Plus sérieusement, c’est impossible de ne pas être emporté par la puissance émotionnelle dingue de ce récit. Après, j’avoue, j’ai eu du mal avec mon personnage. Du mal à m’identifier. Parce que soyons clair : c’est un pur salopard ! Si on s’était croisés en soirée, il n’aurait pas fallu 10 minutes avant d’avoir envie de lui en coller une. Même si cette arrogance et son assurance détestable pour ceux qui s’en approchent de trop près font forcément envie à ceux qui manquent de confiance. Bref, il m’était difficile d’y mettre quelque chose de moi. C’est de la pure composition et c’est en cela que c’est une expérience géniale. Clint Easwtood dit souvent que les rôles les plus intéressants sont les méchants. Et je partage totalement son envie

Vous aviez lu le livre de Karin Tuil dont le film est adapté ?

Non et comme Yvan nous a laissé le choix, j’ai décidé ne pas le lire. Car pour ce personnage dont le monde s’effondre quand les flics sonnent à sa porte et qui a l’impression de n’avoir rien fait, j’ai eu la sensation qu’il fallait que je me prenne un maximum de choses dans la gueule et ne pas trop cérébraliser les choses à partir des pistes de réflexion que m’aurait offert le roman

Dans quel état étiez- vous le premier jour du tournage ?

Monstrueusement stressé. Mais la bienveillance de l’équipe a permis de gommer tout ça petit à petit. Après, quand on me parle de journées intenses, ça me fait toujours un peu sourire. J’ai arrêté l’école à 16 ans pour faire des études de cuisine. Donc côté horaires et intensité, je suis habitué aux rushs et aux coups de feu !

Devenir acteur n’a jamais été un but pour vous alors ?

Les gens pensent souvent que c’est toujours plus facile de faire du cinéma quand votre famille en fait. Pour moi, c’était l’inverse. Malgré tout l’amour que je peux avoir pour mes parents, j’avais envie de me détacher d’eux et ne pas embrasser un métier où on n’arrêterait pas de me parler d’eux quand on me verrait. Ce qui est d’ailleurs complètement naturel ! J’avais tout bêtement envie de m’affranchir, de me tenir loin des inévitables comparaisons qu’impliquerait le fait d’embrasser ce métier. Vous dire que je n’avais pas ce désir en moi serait mentir mais je le repoussais au plus profond de moi- même. Et puis donc après avoir fait des débuts dans Mon chien stupide, mon père m’a fait passer ces essais pour Les Choses humaines. Et je les ai décrochés. Or au même moment, je m’apprêtais à devenir pour la première fois sous- chef d’une brigade. Cumuler les deux était d’évidence impossible. Le chef- dont je devais être le second– me l’a clairement dit. J’ai donc fait ce choix du cinéma, un peu contraint par le COVID qui a entraîné la longue fermeture des restaurants. Forcément la cuisine ça me manque. Mais je ne regrette rien. Moi qui ai toujours rêvé de vivre mille vies – chef cuisinier donc mais aussi médecin, astronaute… - être acteur me permet de l’exaucer. J’ai abandonné un très beau métier pour faire le plus beau métier du monde !