10 Jours encore sans maman
Claire Nicol / SOYOUZ FILMS

Franck Dubosc était hier au festival de l'Alpe d'Huez pour présenter 10 Jours encore sans maman, la suite du film de Ludovic Bernard. Il y joue un père au foyer qui part en vacances à la montagne seul avec ses quatre enfants. Rencontre en haute altitude.

On vous voit rarement dans le registre de l'humour physique, mais dans 10 Jours encore sans maman, une bonne partie de la comédie vient de ce que vous faites avec votre corps.
Effectivement, je ne fais pas ça souvent. Mais là, je me suis laissé aller. J'ai cédé à faire l'enfant. C'est difficile comme forme d'humour, car il faut doser pour ne pas que ça devienne n'importe quoi. Le burlesque doit rester « vrai », ça demande beaucoup de précision dans le timing. Et puis c'est fatigant et exigeant. Le corps prend des coups. Je fais 90 % des cascades qu'on voit à l'écran... Faire semblant de tomber en ski sans se faire mal, ce n'est pas simple !

Mais c'est un genre de comédie qui va un peu à l'encontre de ce que vous faites à côté en tant que réalisateur.
Vous savez, 10 Jours encore sans maman deviendra peut-être une exception dans le côté « rigolo » de ma carrière. Désormais, quand je fais de l'humour, j'ai envie d'être plus vrai, moins burlesque... Là, c'est un petit exutoire, mais parce que le public à qui on s'adresse me le permet. Sinon, j'ai moins envie de faire le pitre.

Pourquoi ?
Parce que je me lasse de ma façon de faire rire. De la même manière qu'il y a des acteurs de comédie que j'admire, mais qui m'ont lassé à refaire la même chose tout le temps. Donc je dois évoluer, sinon je vais rester plombé. Je n'ai pas forcément envie de prendre un autre chemin de carrière, je veux juste aborder les choses différemment. J'aime faire rire mais je ne veux pas faire rire à tout prix, c'est trop usant au bout d'un moment. Je suis devenu connu grâce à un certain registre comique, j'en suis très conscient. Sauf que quand on me demande encore d'être « Franck Dubosc » pour un rôle dans un film, je sens bien que même moi ça ne me fait plus marrer. Alors, de plus en plus, je choisis des projets pour lesquels on ne vient pas me chercher pour ça. Sans vouloir non plus « faire mon Tchao Pantin ». Ca, je m'en fous.

Alors, quelle trajectoire de comédie voudriez-vous prendre ?
J'aime beaucoup la comédie douce-amère, vraie, ancrée dans une réalité. Pas plombante, mais plus fine. Et c'est la même chose pour les films que je réalise. Je ne sais pas faire des films à gags, j'en suis incapable. Philippe Lacheau se débrouille extrêmement bien là-dedans et je suis très client de ce genre de comédie, mais je ne saurais pas en écrire.

La comédie française dite populaire n'est plus la locomotive qu'elle était il y a encore quelques années...
(Il nous coupe) Et ça ne m'étonne pas. D'abord parce qu'en ce moment, le public populaire a l'esprit occupé par autre chose que le cinéma. Sans compter que la vie est chère et qu'à sept euros la place, je comprends parfaitement qu'on y réfléchisse à deux fois. Je crois aussi que la presse a joué un rôle dans ce désintérêt, puisqu'elle a tapé sur certaines comédies qui auraient pu plaire et qui n'ont pas été vues. Et puis on a tellement servi de mauvais films aux gens... J'en ai fait, je prends ma part. Je comprends que le public ait pu se dire : « On nous a dupé ». On ne leur servait pas ce qu'ils voulaient. On a peut-être scié la branche sur laquelle on était assis.

Dans Le Monde, Jean-Pascal Zadi dit ceci sur vous : « J’ai toujours détesté les films où les gens de la campagne sont décrits comme des ploucs. Le seul qui respecte les gens, qui se met à leur hauteur, c’est Franck Dubosc dans “Camping”. Jamais il ne se fout de leur gueule. » Ca vous inspire quoi ?
Je suis flatté et je trouve que c'est vrai. J'ai un énorme amour pour monsieur et madame tout-le-monde. Je le dis depuis le premier Camping : me moquer de ces personnages-là, ça voudrait dire me moquer de mon père ou de ma mère. Plus vraiment de moi, parce que je me suis embourgeoisé avec le temps. Je ne vais pas m'en excuser, j'ai tout fait pour y arriver. Et ça ne veut pas dire que je suis complètement déconnecté. Mais ce qui est important, c'est de garder le respect pour les autres.

J'aimerais qu'on parle un peu de Cinéman, un film qui m'intéresse beaucoup...
Elle est étrange, la carrière de ce film.

Très.
Il n'est pas si mauvais que ça, en plus.

Il serait presque devenu un peu culte avec le temps, et toutes les histoires qui ont été racontées sur sa fabrication.
Oui, Yann Moix s'était épanché dans des interviews... J'ai souri en les lisant. On en a parlé ensemble, et il sait qu'il disait n'importe quoi. C'est quelqu'un d'intelligent, il a compris comment manipuler les choses pour aller dans le sens des journalistes et rajouter du drame là-dessus. Mais je me souviens qu'on s'était dit qu'un jour, Cinéman serait revu à la hausse. C'est l'un des films les plus critiqués du cinéma français, mais ce n'est pas celui qui le mérite le plus. Je vais même vous dire mieux : il fait partie de mes films préférés de ma carrière. Sauf qu'il est parti avec un ADN tellement négatif... Moi, le vulgaire acteur de Camping qui remplace Benoît Poelvoorde alors qu'il est en pleine ascension ; Yann Moix dont la personnalité divise ; l'ambition démesurée du projet... Tout un tas de choses qui faisaient qu'avant même qu'il ne sorte, les gens avaient envie de ne pas l'aimer. Mais laissons-lui encore dix ans, on verra bien ce qu'on en dira à ce moment-là. Je reste persuadé qu'il y a de très bonnes scènes dedans.

10 Jours encore sans maman a été projeté au festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez, et sortira le 12 avril prochain au cinéma.