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À Première, on prend le come-back de Kevin Costner très au sérieux. C’est une hypothèse qui nous plaît, presque une chimère, un mirage qui nous fait avancer dans la jungle de l’actualité cinéma. Pas par nostalgie béate, non. C’est juste que les heures de gloire du bonhomme ont sérieusement charpenté notre imaginaire cinéphile. Silverado, Les Incorruptibles, Jusqu’au bout du rêve, Danse avec les LoupsJFK, Un monde parfait... Vous connaissez la chanson. Costner a grimpé les sommets, explosé en plein vol, traversé le désert pendant plus d’une décennie. Il entre aujourd’hui dans la soixantaine et bosse à Hollywood, une ville qui adore les miraculés et les retours en grâce.Il était logiquement mûr pour revenir. Stallone l’a fait. Gibson en rêve. Pourquoi pas lui ? C’est courant 2012 que s’est faite la première étincelle. Très précisément durant le Memorial Day, le dernier lundi de mai, jour férié au cours duquel le peuple américain bulle devant la télé et apprécie qu’on lui raconte des histoires du temps d’avant. La diffusion du premier épisode de la série Hatfields & McCoys, un western patrimonial dans lequel trône un Costner barbu et granitique à souhait, fait un carton d’audience historique. Dans la foulée, les bonnes nouvelles commencent à affluer dans les magazines Variety et The Hollywood Reporter. L’industrie le réclame à cor et a cri. Christopher Nolan et Zack Snyder le choisissent pour être le papa de Clark Kent dans leur reboot de Superman. La Paramount l’embauche comme mentor de Jack Ryan (The Ryan Initiative). Luc Besson lui confectionne un Taken sur mesure (3 Days to Kill). Enfin ! C’était reparti comme en 40. On allait voir ce qu’on allait voir.>>> Stallone, Schwarzenegger, Willis… Les gros bras sont fatiguésUn pétard mouilléEt on a vu... Il n’avait pas grand-chose à défendre dans Man of Steel. 3 Days to Kill et The Ryan Initiative sont inregardables. En trois coups, c’était fini. Plié. Illusion de courte durée. Même son prétendu film à Oscars présenté à Toronto en septembre dernier, Black or White (un drame interracial avec Octavia Spencer) avait des airs de pétard mouillé. Puis un beau jour, Draft Day (Le Pari en VF) est arrivé par La Poste. Oh, bien sûr, ça sentait un peu le sapin. Une sortie « direct-to-video », un vétéran ringard (Ivan Reitman) aux manettes, une intrigue située dans les milieux du football américain... Le film de sport a beau être l’un des péchés mignons de notre homme, c’est surtout une terra incognita pour nous, pauvres Français. On n’a pas les codes. Le Draft Day, par exemple, qu’est-ce que c’est ? La parole à Wikipédia : « La draft est un événement majeur pour la National Football League et est diffusée en prime time à la télévision américaine. Elle est comparable à une bourse de joueurs. Dans un objectif d’équité sportive, la pire équipe de l’année obtient le premier choix de la draft et a la possibilité de choisir le joueur qu’elle souhaite. »Un jour symbolique, donc. L’instant où le pays remet les compteurs à zéro, où les gagnants et les perdants d’hier se retrouvent sur un pied d’égalité. De ce moment clé dans la vie du foot US, les auteurs de Draft Day ont tiré un très réjouissant film « compte à rebours ». Vous savez, ces histoires à suspense façon Le Train sifflera trois fois, rythmées par des gros plans sur des horloges et des gens qui transpirent en regardant leur montre. Sonny Weaver Jr., manager des Cleveland Browns, est au fond du trou. Il a douze heures pour remonter la pente : décider d’une stratégie pour la prochaine saison, regagner l’estime de sa femme et de sa communauté, prouver à ceux qui voulaient l’enterrer qu’il en a toujours sous le pied. Toute ressemblance entre ce personnage de quinqua en crise et l’acteur qui l’incarne n'est pas forcément une coïncidence. Pour le reste, imaginez Le Stratège débarrassé de son surmoi auteuriste. Faut-il être en mesure de reconnaître les joueurs de la NFL conviés ici en caméo pour y prendre du plaisir ? Non. Savoir localiser Cleveland sur une carte ? Non plus. Aimer Kevin Costner ? Ah ça oui, par contre, c’est indispensable. Notre superstar déchue fait tenir la baraque avec le plaisir manifeste d’un homme qui vient de retrouver au grenier une confortable paire de santiags.American BoyÀ une autre époque, Gary Cooper ou Spencer Tracy auraient été parfaits pour le rôle. Et la grande idée du film, justement, est de montrer Costner comme un héritier. Un grand gamin buriné. Il a beau avoir l’âge qu’il a, Draft Day le filme en rejeton éternel de l’Amérique qui sait qu’il a encore quelques matchs à jouer et la mémoire d’un père à honorer. C’est quand même plus élégant que de l’envisager en pépé la castagne ou en garçon vacher sur le retour, non ? On souhaitait à l’acteur de revenir sur les cimes du box-office, de retrouver sa pertinence pop-culturelle, de réaliser à nouveau des westerns fleuves et mégalos. Mais la modestie de ce petit machin, même pas digne de sortir en salles en France, lui va finalement très bien. Là, au moins, il est chez lui. « Bon sang, j’adore ce job », grommelle-t-il dans les dernières minutes de Draft Day. Welcome home, monsieur Costner.Frederic FoubertLe pari en DVD et blu-ray le 11 février.