Progéniture cannibale
- Lire la chronique de Dead Rising sur Flu le MagChuck Greene est un des participants de Terror is Reality, une boucherie organisée entre les murs de Fortune City pour le plus grand plaisir des spectateurs. Enfermés dans une arène, les concurrents doivent massacrer le plus de zombies, le plus rapidement, accomplissant la catharsis d'une nation traumatisée par la pandémie issue de Willamette quelques années plus tôt. Chuck est tout aussi poissard qu'il est doué, car aussitôt le show terminé, son ascenseur s'écrase au rez-de-chaussée alors que les morts-vivants déferlent dans les couloirs de l'arène. Un seul choix, survivre, et un seul, but, retrouver sa fille Katey.{ } Battre le zombie tant que le cadavre est encore chaudA partir de cette introduction Dead Rising 2 emboîte directement le pas à son aîné, le mimant jusque dans ses tics les plus énervants. La première impression qu'on a, dès la prise en main, c'est celle d'une copie conforme, appliquée. Ce n'est qu'après qu'on remarque la mise à jour graphique, l'interface plus lisible, les emplacements de sauvegarde multiples. Rarement on aura entamé une suite avec la conviction d'avoir oublié la galette de l'épisode précédent dans sa console.C'est bien simple, Dead Rising 2 est dans son élaboration et ses mécanismes un double parfait de Dead Rising. On arpente une ville de type Las Vegas dont l'intérieur ressemble au Mall de Willamette. On ramasse objets et nourriture pour se défendre et reprendre de la vie. On change d'accoutrement dans les magasins. On accumule les magazines pour améliorer son matériel. On croise des boss-psychopathes agaçants. On rencontre des pilleurs, successeurs des membres de secte en ciré jaune. On fauche les zombies bien au chaud dans un véhicule. On sauvegarde en allant aux toilettes. On sauve des survivants égarés en répondant aux messages envoyés depuis la salle de sécurité. On attend que l'armée arrive pour nous délivrer au bout de 72 heures.Tout est tellement semblable que ça en devient pathologique. Même des éléments comme le raccourci dans les toilettes pour aller à l'autre bout de la carte, les coups spéciaux inspirés du catch, l'accès au refuge par un conduit d'aération et les mutineries timides des survivants ont été reproduites avec un soin maladif. Par moments, il arrive de s'arrêter devant un magasin, et de se frotter les yeux, quand on constate qu'il est le duplicata parfait d'une échoppe qui se trouvait à Willamette.De fait, on ne sait plus si on se trouve dans le domaine de l'imitation ou de l'hommage, dans celui de la suite ou du pastiche. Dead Rising 2 s'auto-référence, en reprenant des Achievements accomplis dans le titre antérieur, ou se moquant de ses répliques maladroites. Le fameux "I've covered wars, you know" est exploité au point de ne plus être drôle, pendant que les costumes à débloquer eux-mêmes ne dérogent pas au standard instauré. L'armure d'Arthur de Ghouls & Ghosts remplace celle de MegaMan mais rien ne change sur le fond. Plus inquiétant, Dead Rising 2 s'oriente vers un recyclage primaire de ses tours de main.Concrètement, le déroulement suit la même dynamique que Dead Rising, les objectifs sont similaires, tout comme les évènements principaux. Les faiblesses de ce système n'ont d'ailleurs pas été rectifiées, car les jauges de temps ne décomptent pas la durée nécessaire pour atteindre un rendez-vous, mais pour terminer un chapitre. On se retrouve ainsi souvent pris au dépourvu par un choix de conception stupide. En cela, Dead Rising 2 est le digne héritier de son aîné, incapable de surmonter ses manies.{ } Second étage, rayon frais et game-design bricoléEn s'enfonçant dans le charnier, on finit toutefois par déceler ce que Dead Rising 2 a de différent. Le système de sauvegarde, déjà, laisse deux emplacements supplémentaires, pour laisser au joueur le droit de se tromper, ce que Dead Rising ne permettait pas. Mineur au premier abord, mais finalement fondamental. Ceux qui ont gardé le pli du sauvetage industriel seront surpris de constater l'efficacité du système, laissant presque trop de marge aux secouristes chevronnés.La photographie, gameplay secondaire de Dead Rising, a cédé la place à l'atelier bricolage de Chuck Greene. Des cartes récoltées avec les niveaux gagnés, les boss supprimés ou les rescapés ramenés au refuge donnent à Chuck des idées d'armes, où différents objets combinés offrent des avantages indéniables. Cinquante combinaisons différentes, c'est à la fois beaucoup et assez peu quand on sait combien d'objets distincts jonchent le sol de Fortune City. Les Combo Cards sont ainsi un gameplay de substitution pour les clichés de Frank West, qui servent principalement à rééquilibrer les chances de victoire face à des psychopathes dont les méthodes abusives ont de quoi frustrer.En marge des ravalements visibles, quelques retouches plus fines se remarquent sur la longueur. Les objectifs de mission sont devenus lisibles et visibles. Les messages qu'on nous envoie ne nous obligent plus à décrocher le combiné en pleine mêlée, parce qu'envoyés directement en SMS. Mais surtout, les survivants sont devenus compétents.Là où Dead Rising provoquait des hurlements de rage, son remplaçant a pris le temps de donner une Intelligence Artificielle décente aux survivants qu'on accompagne. Mieux, ils savent trouver leur chemin pour nous suivre en déterminant la trajectoire la plus courte, et sont capables d'utiliser les armes qu'on leur confie avec discernement. Qu'en plus ils aient le privilège de ne jamais épuiser leurs munitions ou briser leurs objets, leur confère une véritable utilité. Tandis qu'avant, on courait ventre à terre les tasser dans le refuge pour qu'ils ne se fassent pas dévorer, on se surprend à les garder avec soi pour massacrer un Boss en tir groupé, ou faciliter l'accès à un autre rescapé en difficulté. Si Blue Castle a accompli quelque chose, ce serait d'avoir neutralisé le défaut le plus exaspérant du premier épisode.{ } Greene & Greene, Cabinet de survivants associésRéduire le travail de Blue Castle à cette courte liste d'améliorations mineures ne rendrait pas justice à ce que le studio a accompli sur le plan du multijoueur. Lorsque Dead Rising est sorti en 2006, les utilisateurs s'étaient plaints de ne pas avoir pu explorer le centre commercial de Willamette en groupe, comme c'était le cas dans la plupart des films de zombies. Selon eux, le grand bac-à-sable méritait d'être vécu et saccagé à plusieurs.Quatre ans plus tard, Blue Castle exauce ce souhait en injectant un mode coopératif, où l'on peut accepter la venue d'un ami dans sa partie.L'expérience ludique se voit transfigurée. Au lieu d'être un anti-héros pressé par le temps, isolé et écrasé par un sentiment d'urgence, ce sont deux machines à broyer du zombie qui déambulent dans Fortune City. Le coopératif, pour l'utilisation des véhicules ou des stratégies de combat instaure des comportements inédits, autres que ceux qu'on aurait pu voir dans Resident Evil 5, par exemple. La consommation de ce mode alterne les phases où l'on se répartit les tâches en binôme, et celles où l'on met des magasins à sac pour rivaliser d'extravagance vestimentaire, ou dénicher l'arme la plus grotesque.On touche du doigt la puérilité matérialiste de Dawn of the Dead, quand les protagonistes explorent et pillent le centre commercial.On ne peut pas dire que le coopératif améliore Dead Rising 2, il en fait plutôt une expérience à part, dans laquelle la horde de zombies et les objectifs perdent leur vocation de contraintes pour devenir des facteurs d'émulation plus que de motivation. Briser la solitude change en profondeur la perspective de jeu, et c'est certainement ce qui rafraîchit le concept d'origine par rapport à un mode solo assez décevant.En annexe du coopératif, Terror is Reality regroupe des mini-jeux en ligne dans lesquels on accumule de l'argent à dépenser lors du mode scénario. La variété des activités n'est qu'une diversion pour oublier un instant la redondance des épreuves, mais elle constitue une respiration intéressante, assez drôle, qui assume pleinement son extravagance et sa vacuité.{ } Cervelle servie froideDead Rising 2, en dépit de ses corrections et modes parallèles, ne parvient malgré tout pas à se démarquer de son modèle ni à vraiment à le surpasser. S'il apparait plus facile, ce n'est que grâce aux sauvegardes supplémentaires et un arsenal plus étoffé. S'il semble plus accessible, c'est parce que l'interface et certaines routines ont été dépoussiérées. L'ensemble ne dépasse pas le stade du travail de commande. On sent qu'il est arrivé au bout de son concept, une perception flagrante lors du mode Overtime, qui se résume à une chasse à l'objet minutée, précédent un Boss aux méthodes abusives. Une réflexion sur le capitalisme cynique et l'industrie pharmaceutique aurait pu se substituer à la critique du consumérisme incontrôlé de Dead Rising, mais la diatribe n'arrive jamais. Alors que Frank West affichait un charme cabotin, Chuck Greene peine à provoquer l'empathie. Trop désabusé, trop épuisé par le deuil de sa femme, on n'arrive pas à compatir pour le sort de sa fille, qui n'est en fin de compte qu'un prétexte pour d'autres missions de coursier.Bercé par les lamentations des survivants dans les couloirs du refuge, l'oeil rivé sur l'obscurité du conduit qui va nous ramener vers les jackpots de Fortune City, on finit par se demander ce qui nous retient ici. Dead Rising 2, faute de personnalité et de fraîcheur, se vit comme une mise à jour plutôt qu'une réelle suite. Photocopie au contraste amoindri, le titre de Blue Castle ne renouvelle pas la série, peut-être parce que Dead Rising avait déjà tout dit, tout fait, ne lui laissant d'autre avenir que de se faire cannibaliser.Dead Rising 2Développeur : Blue Castle GamesEditeur : CapcomSortie en France : 24 septembre 2010
- Les plus populaires
- Les plus récents
- Les plus anciens
-
Prototype 2 3 -
Trials Evolution 4 -
Max Payne 3 4
-
Sorcery 2 -
Max Payne 3 4 -
Starhawk 2

