Microsoft va-t-il réinventer la télévision (éducative) ?

Quel avenir pour la télévision dans un monde où les enfants sont nés avec des écrans interactifs ? Microsoft, s'improvisant pédagogue, aurait-il un début de réponse ? A voir. Si vous êtes nés après 1981, vous êtes un Digital Native. Inutile de chipoter, c'est comme ça. Vous auriez préféré comme nous faire partie de la Génération X et avoir vu Kurt Cobain en concert ? Raté. Quoiqu'il en soit la sociologie vous a emprisonné, c'est son rôle : créer des cases et commenter la réalité, jamais l'imaginer. Le Digital Native est donc l'enfant du micro ordinateur et d'Internet, du iBidule et du détecteur de mouvements. L'enfant d'un monde où les écrans sont interactifs et les téléphones individuels. Dans ce monde numérique où les parents sont désormais eux-mêmes des natifs digitaux, la télévision a perdu son intérêt. Elle fédère moins qu'avant. Le public n'est pas plus exigeant (c'est un mythe), mais il veut choisir, dans une certaine mesure, ce qu'il regarde, pour prendre le pouvoir et agir. Le jeu vidéo n'a jamais fait que répondre à cette frustration, mais apparemment ça ne suffit pas. Encore moins pour les hypocrites qui espèrent que la télévision serve à nous apprendre concrètement quelque chose. Alors qu'elle enseigne toujours quelque chose, même sur sa nullité.Retour donc en 1987, à la bonne vieille époque de Captain Power. Non, aucun remake n'est prévu. Heureusement. Mais Microsoft nous promet à peu de choses près le même principe. En à peine plus sophistiqué mais avec la saine promesse que nos kids vont enfin être moins bêtes devant le poste. Dans une vidéo promotionnelle, Redmond vend ainsi les mérites d'un nouveau type de programmes interactifs autour de Sesame Street et de la chaîne du National Geographic. Reposant sur Kinect, le système permet d'interagir à différents moments du show. A écouter les VRP de Microsoft et leurs amis, on est proche de la révolution. Les enfants prennent part aux programmes en direct, et c'est incroyable. On s'étonnera d'entendre à plusieurs reprises le mot éducatif. La plupart des intervenants insistant sur le fait que leur système, baptisé playful learning, aiderait les enfants à apprendre. A voir la vidéo, sauf quelques passages plus explicites (apprentissages des lettres et des chiffres par le jeu, une banalité), on se demande ce que les gosses vont apprendre en s'agitant devant la caméra comme devant n'importe quel jeu à détecteur de mouvements depuis l'Eye Toy. Ce qui confirme au passage la vitalité des développeurs en la matière. Playful Learning Le propos est évidemment bien marketé. Mettre l'accent fort sur l'aspect éducatif rassure les parents. C'est surtout plus facile à vendre. Microsoft a le même discours que les chaînes de télé pour enfants en bas âge. Sauf que toutes les expériences montrent que l'enfant n'y apprend rien. Qu'on apprend moins devant un écran que dans la réalité. Certains pédagogues préconisant de retarder au plus tard l'accès aux écrans. Sans être aussi radical puisqu'il ne s'agit plus d'être passif, Microsoft vend surtout une promesse dont on peut douter à la vue des ces images : si l'aspect éducatif se résume pour beaucoup à faire de la gym devant le poste, sauf aider au recul de l'obésité, c'est tout ce qui risque d'arriver. Mais on peut aussi s'interroger sur une autre facette de ce nouveau système, en cours de développement, le Project Columbia. L'idée est de rendre des récits interactifs pour "encourager à apprécier les livres en changeant la façon dont les enfants les lisent". Le principe étant, selon le communiqué, que les enfants puissent prendre un rôle actif dans la matérialisation des histoires en interagissant avec les mots et les illustrations afin de mieux assimiler le texte. Microsoft rappelant au passage sa collaboration avec des instituts en sciences de l'apprentissage pour montrer le sérieux de son entreprise. Soit, peut-être que ceci est une réelle nouvelle étape vers le futur de la télévision. Peut-être aussi que le concept a certaines vertus éducatives. L'apprentissage de la lecture passe par le jeu et Kinect a probablement le potentiel pour aider un enfant. Mais il ne peut remplacer le livre, avec lequel l'enfant va à son propre rythme et qu'il peut emmener partout. Plus problématique, des études tendent à prouver que l'écran nuit à la santé physique de l'enfant (problème de poids, de sommeil, de faiblesse musculaire...). Microsoft vend bien sûr son nouveau produit dans une perspective familliale et responsable. Personne ne dit de planter ses gosses quatre heures par jour devant Kinect. Mais en voyant cette vidéo, on n'est ni convaincu ni rassuré : quels rôles prennent les parents puisque la machine fait le boulot pédagogique ? La machine ne risque-t-elle pas de cloisonner l'information en invitant peu son utilisateur à se documenter ailleurs ? La seule leçon qu'il faut sans doute tirer de cette annonce c'est que désormais l'illusion ne s'oppose décidément plus à la réalité. Il ne s'agit plus de vivre ou apprendre avec les écrans, mais d'être dedans.
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