Gaming retro-moderne VS La morosité
Au-delà de la hype, Scott Pilgrim est pour le nerd moyen un condensé de références Pop, qui touche aussi bien au cinéma qu'à la musique. En passant par le jeu vidéo. Le déroulement même de la bande dessinée suit une courbe semblable à celle d'un jeu, où les sept ex de Ramona V Flowers sont autant de Boss de fin de chapitre. Bryan Lee O'Malley étant de cette génération qui a grandit avec une NES ou une Megadrive dans le salon, il évite le cliché pour au contraire s'approprier une culture à laquelle il participe.{ } L'habit ne fait pas le patrimoineLes qualités intrinsèques de Scott Pilgrim, et son adaptation filmique plutôt réussie par Edgar Wright donnaient un contexte particulier au portage jeu vidéo. Il était le médium qui terminerait le cycle culturel, avec la contrainte de souder son esthétique et sa turbulence à celle du comic book. Pour réaliser cette prouesse, celle de créer une oeuvre originale autant que parallèle, il fallait une équipe condensée et concentrée, apte à retranscrire ce que Scott Pilgrim affirmait au fil de ses pages. C'est ce choix qu'Ubisoft a concrétisé, livrant une transposition de BD aussi réussie que Batman Arkham Asylum, tout en appliquant une structure de développement à l'opposé de la machinerie des projets Triple A.La qualité qualité de Scott Pilgrim le jeu est cette justesse étonnante dans le traitement de ses inspirations. Les concepteurs ont opté pour un look faux-retro, qui se positionne à mi-chemin entre la résolution désuète des jeux 16-bit et la direction artistique des demakes indépendants qu'on peut rencontrer sur la toile. Sur la forme, tout a été méticuleusement préparé pour donner cette illusion de vintage vidéoludique, des pixels des protagonistes à la bande-son.Celle-ci, composée par le groupe de chiptuners Anamanaguchi, est d'une fraîcheur vivifiante. Parfum embruns tonifiants gingembre poivre, la BO mérite une seconde, voire une troisième écoute pour en apprécier le mélange des synthétiseurs et des instruments traditionnels. Pour un jeu tiré d'une BD qui parle aussi d'un héros et de son groupe de Rock, Scott Pilgrim The Game exécute un arc sonore parfait.{ } Respiration inspiréeLes autres qualités concernent pour leur part le contenu et le game-design du titre. Conçu comme un beat'em up pure souche, Scott Pilgrim The Game agrège des idées éprouvées dans Double Dragon ou Final Fight, en couvrant un spectre qui va de River City Ransom à The Bouncer. Car c'est un mélange savant qui puise le meilleur d'un patrimoine forgé par des héros belliqueux qui ne sont pas surpris de trouver un poulet rôti en pleine ruelle, sous un bidon de mazout. Ainsi se rencontrent des tours de main éprouvés et de nouveaux éléments, comme ceux que The Behemoth a pu introduire dans Castle Crashers.Scott Pilgrim ne se contente en effet pas d'imiter et d'exploiter ce qui a déjà été fait, il marie au contraire avec intelligence des éléments de game-design pour façonner un titre de genre au rythme enlevé. Au cours des sept niveaux, les tableaux se succèdent alors avec une variété réjouissante, incorporant un système d'expérience et d'argent, ainsi qu'un multijoueur local aussi frénétique que chaotique lors des foires d'empoigne les plus animées.Les points d'expérience permettent de diversifier les coups et techniques des personnages, mettant à disposition du joueur des attaques spéciales et des esquives qui enrichissent les échanges de gifles sans pour autant alourdir la maniabilité. La palette en devient d'ailleurs tellement riche qu'on pourrait l'attribuer à un jeu de combat, avec ses esquives et ses coups spéciaux à niveaux de charge. Il réussit incidemment là où Capcom lui-même avait échoué en tentant maladroitement d'étoffer Final Fight sur le tard.Mais ce n'est qu'une facette des emprunts et pistes matérialisées par Scott Pilgrim The Game. Les sous-niveaux bonus où l'on récolte des pièces, les magasins où l'on achète des objets pour améliorer ses chances de survie rappellent aussi bien Guardian Heroes que Golden Axe. C'est toutefois sur River City Ransom que le jeu calque ses éléments les plus représentatifs, abandonnés à tort par des développeurs qui pensaient simplifier leur création.{ } Aller de l'avant-avant plus poingMalgré ses nombreuses sollicitations du patrimoine rétrogaming, Scott Pilgrim est également un partisan de la modernité, appliquant des idées pionnières rencontrées dans Viewtiful Joe ou Castle Crashers. Il s'amuse même de ses propres dérives, cachant au détour d'un cheat code un mode Survival Horror contre des zombies ou un mode Boss Rush pour n'affronter que les sept ex infernaux.Inspiré autant qu'exalté, Scott Pilgrim The Game est tout aussi exaltant. En se donnant les moyens d'être plus qu'une adaptation, et plus qu'un hommage, il en devient presque une oeuvre autonome. Scott Pilgrim est une délicieuse exception artisanale, à contre-courant d'une tendance industrielle et désespérément pragmatique.Scott Pilgrim VS The World : The GameDéveloppeurs : UbiSoft Montreal / UbiSoft ChengduEditeur : UbiSoftSortie en France : 25 août 2010
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