Cinéma, jeu vidéo et bon vieux temps

La disparition des salles d'arcade a tué un peu plus qu'un genre de jeux, mais des espaces de rencontre où le jeu vidéo se vivait ensemble. Et si on avait perdu au change ? Merci à Kotaku d'avoir été dénicher Bishop of Battle, segment du film En plein cauchemar de Joseph Sargent, distribué chez nous en cette sainte année 1984. A l'époque, l'arcade régnait partout. Dans les salles enfumées et pas forcément très fréquentables, les geeks à lunettes allaient au devant du monde. Ils se frottaient parfois à la racaille locale (ici représentée comme l'époque aimait le faire, avec une touche de Guerriers de la nuit soft et des bandanas), mais c'était aussi une manière de faire l'expérience des choses, d'un monde adulte et parfois dangereux qui vous sortait de l'enfance. On ne regrette pas de s'être fait griller des parties sur Double dragon parce qu'un type, sans permission, vous piquait un crédit sur le deuxième player.Pur produit de son temps, Bishop of Battle imagine le cauchemar d'un accro victime de son jeu vidéo préféré. Au lieu que celui-ci, à l'image de Tron, intègre le joueur dans son monde, c'est le jeu qui devient réalité. Tout ça est d'un moralisme douteux et limite réactionnaire (l'addiction et le jeu sont la cause du mal), mais cela fait partie, mettons, du jeu de l'Histoire. Le plus cool n'est évidemment pas là, pas plus que dans les effets spéciaux, bien fichus, ni dans la BO impeccable (du punk pur jus) ou la présence du jeune Emilio Estevez (pile avant Repo Man et Breakfast Club), en passe aujourd'hui d'être le sosie de son père.Le seul intérêt du film est d'être une vignette de son époque. De montrer ce moment où l'arcade était un lieu de rencontre, d'échange, d'accident, ancré dans une réalité où personne ne restait encore retranché derrière son écran pour communiquer, puisque celui-ci était mis en commun, affiché au regard de tous. Avant Internet, le jeu vidéo se partageait de mille manières et l'arcade était probablement la plus forte. Le jeu vidéo pouvait être alors une pure expérience sociale. Le spectacle était non seulement interactif, mais intégré dans un espace de passage ouvert où circulaient plus que des mots. Pour jouer à des jeux contre qui les consoles ne pouvaient rivaliser, il fallait sortir. Comme si l'extérieur leur donnait une dimension supplémentaire que le crédit échelonnait, les jeux semblaient plus grands dehors. L'arcade n'a pas disparu partout, elle existe toujours ailleurs, certains la font renaître ici, mais le rêve n'est plus le même puisque c'est le monde qui a changé.Le jeu vidéo a gagné en profondeur et complexité par son contenu, ce qu'il a perdu par sa pratique en innocence et rapport direct avec la réalité. Il n'est pas moins collectif (MMO et multijoueur le prouvent chaque jour), sauf que plus rien ne peut arriver en dehors de ce qui l'excède. Sortir pour aller jouer, c'était déjà en soi toute une aventure. Via
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